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Signification et interprétation du Pendu

Douzième lame majeure du tarot, le Pendu montre un homme pieds et poings liés, suspendu la tête en bas à un gibet. Cette carte indique le retard, l’impuissance, mais également la nécessité de s’arrêter pour réfléchir ou d’adopter un point de vue neuf sur une situation.

SIGNIFICATIONS INITIATIQUES ET/OU DIVINATOIRES DU PENDU

Le Pendu

« La patience est une vertu qui s’acquiert avec de la patience. » (Alessandro Morandotti)

Qualités : Introspection. Patience. Gestation. Recul, détachement. Pause, repos. Réflexion, méditation. Bilan. Sacrifice, altruisme. Humilité. 

Défauts : Repli sur soi, solitude, introversion. Immobilité. Situation bloquée, stase. Voie sans issue. Résignation à l’attente. Retard. Impuissance. Frustration. Blocage. Résistance au changement. Passivité. Ennui. Tristesse. Regrets. 

Amours & Relations : Relation non aboutie. Pause dans une relation. Ennui, monotonie. Manque de confiance en l’autre ou en soi-même. Une décision doit être prise. 

Travail & Argent : Situation financière difficile ou stagnante. Dettes. Travail de patience, de fourmi, tâche laborieuse, ingrate. Stress professionnel. Stagnation. 

Ésotérisme et Magie : Retraite spirituelle. Méditation. Sacrifice. 

Message : Réfléchissez avant d’agir.

Associations de lames majeures avec le Pendu

Rappelons que les cartes, oracles ou tarots, sont des supports de voyance et non des distributeurs de réponses automatiques. Interpréter une carte (ou une association de cartes) hors contexte, comme si celle-ci possédait un sens absolu, est la meilleure façon de passer à côté du message. Néanmoins, certaines combinaisons d’atouts peuvent donner des orientations :

Le Pendu Le Bateleur

Le Pendu + Le Bateleur : Retard ou empêchements dans les projets. Situation paralysée. 

Le Pendu La papesse

Le Pendu + La Papesse : Tristesse. Chagrin. Mésentente. Obstacles et retards.  

Le Pendu L'imperatrice

Le Pendu + L’impératrice : Manipulation. Personnalité fausse ou manipulatrice. Mensonges. Rhétorique. Écriture. Personne sacrifiée dans un couple. Situation bloquée au niveau professionnel. Latence. 

Le Pendu L'Empereur

Le Pendu + L’Empereur : Situation paradoxale ou bloquée. Moyens insuffisants. Retard dans les projets. Travaux. Chantier. Crise de doute. Crise d’adolescence. Le couple bat de l’aile. 

Le Pendu Le Pape

Le Pendu + Le Pape : Sacrifice. Situation délicate. Blocages externes ou internes. Régression. Entropie. Stagnation amoureuse ou affective. Tristesse dans l’entourage. Une vieille demeure. Une entreprise qui stagne ou périclite. Difficultés financières.

Le Pendu Les Amoureux

Le Pendu + l’Amoureux : Énergie dépensée en vain. Dialogue de sourds. Malentendus. Manque de créativité. Dettes. 

Le Pendu Le Chariot

Le Pendu + Le Chariot : Contrariétés. Obstacles. Empêchements dans la réalisation des projets. Nécessité de mettre un coup de pied au fond pour remonter. Besoin de « sang neuf » dans le domaine professionnel ou affectif. Reprise lente des affaires, la prudence est recommandée. 

Le Pendu La justice

Le Pendu + La Justice : Rigidité. Voie étroite. Un seul chemin possible. Il faut avancer et serrer les dents. Attention à ne pas sortir du droit chemin ou de la légalité. La situation se débloque grâce à une intervention extérieure.

Le Pendu L'hermite

Le Pendu + L’Hermite : Sagesse. Prospection. Chercher dans la bonne direction. Recherche fructueuse. Trésor enfoui. 

Le Pendu La Roue

Le Pendu + La Roue de Fortune : Changement de perspective. Retour de bâton. Pertes, gaspillages. Indigence, pauvreté. Épuisement des ressources, ou situation allant vers son terme, avant un renouveau. 

Le Pendu La force

Le Pendu + La Force : Résistance aux épreuves. Tenir bon. Isolement, impression d’être seul au monde. Convalescence. 

Le Pendu L'Arcane sans nom (la mort)

Le Pendu + La Mort : Le temps a jonché le sol de cadavres : une tabula rasa doit être réalisées. Des ruptures et des destructions sont nécessaires pour avancer. En cas de placement financier, il est temps d’en récolter les fruits ou de récupérer ses fonds. Le temps qui passe. Saturne. Les récoltes. Selon les mesures prises : renversement de situation ou stase complète.

Le Pendu La Temperance

Le Pendu + La Tempérance : Précautions, calme, apaisement. La situation requiert de la patience et de la délicatesse. Mettre de l’eau dans son vin.

Le Pendu Le Diable

Le Pendu + Le Diable : Démesure, folie, déraison, fantaisie. Tout est sens dessus dessous. Harcèlement ou domination morale. Emprise. Vols, mauvais investissements, projets déraisonnables. 

Le Pendu La Maison Dieu

Le Pendu + La Maison Dieu : Tout s’effondre. Désastre. Aucune chance de redresser la barre. Ramassez vos dents par terre et courage !

Le Pendu L'étoile

Le Pendu + L’Étoile : Protection, chance. Secours. Même si vous êtes dans une position difficile, quelque chose veille sur vous silencieusement. La situation s’améliore. 

Le Pendu La Lune

Le Pendu + La Lune : Travail vain, illusoire. Anxiété ou troubles du sommeil. Vos émotions vous paralysent. Douleurs à l’estomac ou dans les intestins. 

Le Pendu Le Soleil

Le Pendu + Le Soleil : Maturation, observation et réflexion, recul. Hésitation dans l’option à prendre. Planification. Réconciliation avec des proches ou des personnes perdues de vue. Résolution des conflits grâce au recul. 

Le Pendu Le jugement

Le Pendu + Jugement : Il est temps d’agir. Prenez les choses en main. Période favorable aux projets, à la recherche d’emploi, d’argent, etc.

Le Pendu Le monde

Le Pendu + Le Monde : Équilibre. Funambulisme. Vérité intérieure. Force intérieure qui permet de redresser la situation. Même si tout s’effondre autour de vous, ne changez rien. Vos choix peuvent sembler discutables, mais ce sont les bons.

Le Pendu Le mat

Le Pendu + Le Mat : Le sol est glissant. Dispersion, dilettantisme, instabilité. Nécessité de se recentrer et faire le point. 

Quelques associations avec trois cartes : 

Le Pendu L'Empereur L'Arcane sans nom (la mort)

Le Pendu + L’Empereur + La mort : Faillite. Échec d’une entreprise.  

Le Pendu Le Pape L'Arcane sans nom (la mort)

Le Pendu + Le Pape + La Mort : deuil ou dépression dans l’entourage. Crise relationnelle.

Le Pendu La force Le jugement

Le Pendu + La Force + Le Jugement : C’est le bon moment pour tout remettre en question. 

Le Pendu L'étoile La Lune

Le Pendu + L’Étoile + La Lune : Illusions, mirages, perte du sens des réalités. Revenez dans le monde réel. 

SYMBOLISME ET HISTOIRE

L’iconographie du Pendu appartient à un genre très particulier, répandu dans les cités-États italiennes du 13e au 16e siècle : les « peintures infamantes », auxquelles se sont prêtés quelques artistes fameux comme Sandro Botticelli ou Andrea del Sarto. Il s’agissait, en plus des peines d’amendes ou de prison, de susciter la honte chez des condamnés appartenant souvent aux classes supérieures. Le portrait du coupable, généralement peint sur le mur d’un édifice public, le montrait dans une pose grotesque, flanqué des symboles de son crime (par exemple des bourses contenant de l’argent en cas de vol), ainsi que d’une légende l’identifiant et expliquant le méfait : « C’est dans le contexte d’un vaste effort de définition juridique de l’infamie qu’on voit apparaître, dans la seconde moitié du 13e siècle, en Italie centrale, les premières mentions de peinture ad infamiam […]. Tous ceux qui traitres, faussaires ou faillis, menacent la cohésion sociale sont passibles de la nouvelle peine : on les représentera dans le feu de l’action criminelle, assassinat, vol, rédaction de faux, ou dans les flammes de l’enfer, piqués par les démons, chargés de chaînes, ou encore menés au supplice […]. Le trecento est la période de maturité du système. Le nombre de cas passibles de la peine tend à diminuer ; à la variété et à la fantaisie des représentations succède la rigidité des modules iconographiques : l’impiccato testa in giù, le condamné pendu par une jambe devient le modèle standard de la peinture infamante » [1].

Andrea del Sarto, dessin préparatoire pour une pittura infamante (1530)
Andrea del Sarto, dessin préparatoire pour une pittura infamante (1530)

Notre Pendu reproduit donc précisément le modèle archétypal de la peinture infamante – rappelons que les jeux de tarot sont apparus dans le nord de l’Italie vers la moitié du 15e siècle. La carte ne présentera d’ailleurs que des variations mineures au fil de l’histoire : par exemple, dans le tarot de Charles VI, le personnage tient des sacs d’où tombent des pièces de monnaie, tandis que dans le Visconti-Sforza, ses mains sont attachées dans le dos. 

L’historienne Gertrude Moakley a noté que le père de Francesco Sforza, Muzio Attendolo (surnommé Sforza, « le fort »), avait été lui-même l’objet d’une pittura infamante, commandée en 1412 par le pape Jean XXIII, après qu’il ait fait alliance avec son ennemi, le roi de Naples. Le pape ordonna que figure, sur tous les ponts et portes de Rome, une effigie de Muzio Attendolo suspendu du pied droit à une potence, un rouleau dans sa main, avec cette inscription : « Je suis le paysan Sforza de Cotignola, j’ai commis 12 trahisons contre mon honneur… ». Il traditore, « le traître », est d’ailleurs l’un des noms italiens de cette carte.

Outre ces « peintures infamantes », la pendaison par un pied semble avoir été un supplice tout à fait réel. Elle figure également sur certaines représentations du Jugement Dernier, notamment sur la célèbre fresque de la chapelle Bolognini :

Détail du « Le Jugement Dernier », Giovanni da Modena, chapelle Bolognini, église San Petronio de Bologne (1408-1415).
Détail du « Le Jugement Dernier », Giovanni da Modena, chapelle Bolognini, église San Petronio de Bologne (1408-1415). 

La pendaison est généralement considérée comme une mort infâme, réservée aux criminels de basse extraction et faisant, bien entendu, référence au personnage de Judas. Le numéro traditionnel de la carte, le 12, est peut-être une allusion à ce « douzième apôtre », mais il est difficile d’en être certain, les atouts n’étant à l’origine, pas numérotés. Cet épisode fameux se trouve dans l’Évangile selon Matthieu : « Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant : J’ai péché, en livrant le sang innocent. Ils répondirent : Que nous importe? Cela te regarde. Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira, et alla se pendre » (Mt 27, 3 et suiv.). 

Ultérieurement, les théologiens feront porter l’accent, moins sur la trahison elle-même que sur le suicide qui marque le refus de la miséricorde et de l’espérance. Or, le désespoir et le suicide sont tous deux classés parmi les péchés « contre l’Esprit Saint », auxquels le Christ réfère par ces mots : « Celui qui aura blasphémé contre l’Esprit-Saint n’obtiendra jamais de pardon : il est coupable d’un péché éternel » (Marc 3, 29). L’un des plus anciens tarots, sinon le plus ancien, est le jeu dit « Cary Yale Visconti » ou « Visconti di Modrone », réalisé pour Filippo Maria Visconti, vers le milieu du 15e siècle. Ce tarot comporte certaines originalités, notamment la présence des trois vertus théologales : la Foi, l’Espoir et la Charité. Au bas de chacune de ces figures allégoriques se trouve un personnage foulé aux pieds. Sur la carte de l’Espoir, celui-ci porte une corde autour du cou. Le modèle du Pendu semble ainsi s’opposer à l’espérance. De même, dans la chapelle des Scrovegni, dont les fresques furent réalisées par Giotto, les sept vertus font face à sept vices. Le Désespoir est représenté par une femme suicidée par pendaison dont un diablotin vient prendre l’âme : 

« L’Espoir », tarot Visconti Cary Yale (1430-1440).
« L’Espoir », tarot Visconti Cary Yale (1430-1440)
« L’Espoir » ; « le Désespoir ». Fresques de la chapelle des Scrovegni, Padoue. Giotto, 1306
« L’Espoir » ; « le Désespoir ». Fresques de la chapelle des Scrovegni, Padoue. Giotto, 1306

D’autres lectures, toujours dans le cadre des péchés et des vertus, ont été proposées. À la suite d’autres auteurs, Andrea Vitali relie ainsi cette carte à Prudence : « Les historiens se sont demandé pourquoi la Prudence était absente, alors qu’on trouvait, dans le tarot, les autres vertus cardinales (Force, Tempérance, Justice). Or, nous avons vu que la figure du traître exprimait un memento mori, que nous pouvons exprimer de la manière suivante : “Faites attention à ne pas trahir votre Créateur, car les portes de l’enfer s’ouvriront pour vous”. Pour éviter ce péril, les Pères de l’Église s’en remettaient à la Prudence […]. L’image d’un homme pendu pour avoir trahi son seigneur ou la loi est un avertissement pour ceux qui pourraient désobéir à la loi de Dieu. L’homme prudent suit les commandements de Dieu […]. Court de Gébelin a également relié le Pendu à la Prudence. Dans son Monde Primitif, la figure de l’homme est retournée (comme l’ont déjà décrit certains cartographes de Rouen et de Bruxelles au début du 18e siècle), avec un pied attaché à un morceau de bois enfoncé dans le sol, pour signifier la nécessité de ne pas agir impulsivement et de bien réfléchir avant d’entreprendre toute action » [2]. 

Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne, Antoine Court de Gebelin, 1781.
Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne, Antoine Court de Gebelin, 1781.

Éviter l’enfer est sans doute une très bonne idée, mais redresser ainsi le Pendu le prive d’une partie de sa symbolique. Comme Lucifer, notre pendu est montré en pleine « chute » : « L’homme renversé, c’est-à-dire l’homme qui a perdu sa position debout, a perdu tout ce qui symbolise une poussée ascendante, une poussée vers le ciel, vers le spirituel, il ne s’élève plus dans l’axe du monde vers le pôle céleste et vers Dieu ; au contraire, il plonge dans le monde animal et dans le monde souterrain obscur » [3]. 

Ce renversement est déjà présent dans la peinture infamante, des hommes de classe supérieure s’y trouvant ridiculisés et littéralement « renversés ». Comme dans le carnaval, le monde est « sens dessus dessous ». De là, avec une certaine ironie, cette lame nous invite à changer de point de vue, à considérer les choses sous un autre angle. Parfois elle indique très littéralement un renversement de situation.

Enfin, un rapprochement plus moderne a été effectué entre cette lame et le mythe d’Odin, dieu scandinave qui demeura suspendu par un pied, durant neuf jours à l’arbre Yggdrasil afin d’acquérir la sagesse et la connaissance. La pendaison, dans ce cas, peut symboliser l’épreuve ou le rite de passage nécessaire à l’initiation.

Tarot de Charles VI (1392) ; tarot de Jean Dodal (1701) ; tarot Rider-Waite (1909)
Tarot de Charles VI (1392) ; tarot de Jean Dodal (1701) ; tarot Rider-Waite (1909)

LETTRE HÉBRAÏQUE

Lettre hébraïque associée à la lame majeure du pendu

La lettre hébraïque associée est généralement le Lamed, dont la forme montre un « aiguillon », précisément un aiguillon à bétail. C’est la piqûre qui met en mouvement. L’aiguillon est manié par le gardien du troupeau qui le pousse dans la bonne direction. L’autre signification de lamed est « étude, apprentissage ».  Lamed est ce qui met sur la voie, parfois douloureusement. 

NOTES ET SOURCES

[1] « A propos de la “peinture infamante” », Patricia Falguières, Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1985. 

[2] « The Hanged Man: Betrayal and Prudence », Andrea Vitali, 1986. Le Tarot, Cultural Association (http://www.letarot.it/index.aspx). 

[3] Le Monde Des Symboles, Gérard Champeaux & Dom Sébastien Sterck, Zodiaque, 1966.


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