Signification et interprétation du Bateleur

Le Bateleur est une lame majeure du Tarot de Marseille, numérotée 1ère, mais qui peut représenter soit le second arcane après le Fou, soit le premier arcane (carte) du Tarot dans certains jeux. Cet article complet aborde la signification historique, ésotérique et divinatoire du Bateleur. Vous trouverez aussi des suggestions de lectures et d'interprétation du Bateleur dans les combinaisons avec les autres lames majeures lors de vos tirages.

Je vous invite à lire nos articles sur comment tirer les cartes de tarot si vous ne l'avez pas déjà lu.


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Interprétation et signification générale du Bateleur

La Lame majeure du Bateleur

« Le Bateleur fait quelque chose ; cela au moins, c’est clair. Il tient une baguette en l’air, et son autre main s’abaisse vers la table couverte d’éléments. Ce qu’il fait, on ne le comprend pas exactement, mais il le fait » (extrait du blog Les Mots Clefs)

Qualités : Carte plutôt positive et favorable. Le commencement. L’initiation. Les études. La jeunesse. Des projets. Un enfant ou un jeune homme. L’apprentissage. La communication. Enthousiasme. Joie. Énergie. Détermination. Créativité. Dynamisme. Naissance. Renouveau. Le potentiel. Un rebondissement dans une situation. Adaptation. Eloquence. Littéralement « avoir les cartes en main ». Intelligence. Habileté. 

Défauts : Personne superficielle ou inconstante. Manque de volonté. Immaturité. Comportement juvénile. Dispersion des forces. Désirs irréalistes. Rêveries. Illusions. Futilités. Impulsivité. Surmenage. Trop-plein d’énergie non canalisée. Confusion. Potentiels non exploités. Escroc, charlatan. Menteur. Ruse. Manipulation. Arrivisme. 

Amours & Relations : Une nouvelle rencontre ou relation. Un flirt. De l’inédit ou un renouveau amoureux. Passion adolescente. Inconstance. Aventures brèves. Camaraderie. 

Travail & Argent : Un projet. Une proposition ou une promotion. Une opportunité. Un contrat. La communication. Des négociations. Le commerce. L’artisanat. La diplomatie. Le jeu. Une entreprise. Le système D. La solution d’un problème. Un bonus professionnel ou financier. Un gain modéré. Une affaire à saisir. Le succès dépend de vous. 

Ésotérisme et Magie : Le Mage. Préparation d’un travail magique. Associé au Diable et à la Lune, le Bateleur peut indiquer la présence d’un envoûtement sur le consultant. Associée à la Papesse ou à la justice, cette carte peut révéler une protection magique. 

Message : Saisir sa chance ! 

Voici un ouvrage intéressant listant des interprétations en fonction des combinaisons des lames du Tarot, donc elle du Bateleur.

Guide des combinaisons du Bateleur avec les autres cartes
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Combinaisons du Bateleur avec les autres lames majeures

Rappelons que les cartes, oracles ou tarots, sont des supports de voyance et non des distributeurs de réponses automatiques. Interpréter une carte (ou une association de cartes) hors contexte, comme si celle-ci possédait un sens absolu, est la meilleure façon de passer à côté du message. Néanmoins, certaines combinaisons d’atouts peuvent donner des orientations :

Le Bateleur + Papesse : Projets solides. Association à long terme. Une grosse entreprise, une usine, un bâtiment industriel. 

Le Bateleur + L’impératrice : Maîtrise, compétences. Hiérarchie. Pouvoir. Peut désigner l’ascendant d’une personne sur une autre. 

Le Bateleur + L’Empereur : Un directeur. Un homme politique. Un homme de pouvoir. Le sommet de la hiérarchie. La maîtrise dans le travail. Une profession demandant de grandes compétences.

Le Bateleur + Le Pape : Études, enseignement, formation professionnelle. 

Le Bateleur + Les Amoureux : Hésitation amoureuse ou relationnelle. Tergiversations. Remise en question. 

Le Bateleur + Le Chariot : Résolution rapide. Accélération des choses dans une situation. Déménagement.

Le Bateleur + La Justice : Litige. La justice. Un procès. Parfois : problèmes de santé.

Le Bateleur + L’Hermite : Confrontation. Forces en opposition. Problèmes de communication. 

Le Bateleur + La Roue de Fortune : Maîtrise de la situation. Changement positif. Excellentes opportunités.

Le Bateleur + La Force : Gain d’argent. Réussite. Situation maîtrisée. Biologie, chimie ou alchimie. 

Le Bateleur + Le Pendu : Retard ou empêchements dans les projets. Situation paralysée. 

Le Bateleur + La Mort : Nouveau départ. Changement radical. Travail pénible ou heures supplémentaires. 

Le Bateleur + La Tempérance : Harmonie, équilibre. Entente parfaite. Amitiés. 

Le Bateleur + Le Diable : Soucis de santé. Instabilité professionnelle ou amoureuse. 

Le Bateleur + La Maison Dieu : Distractions. Légèreté. Instabilité. N’entreprenez rien de sérieux.

La Lune + L’étoile : Dispersion des énergies. Manque de constance ou de stabilité. Vous devez vous recentrer.  

Le Bateleur + La Lune : Projets ou réussite retardée. Le travail n’est pas terminé. La route est longue. 

Le Bateleur + Le Soleil : La récolte. Les fruits du travail. Enfants, jeunes gens. Travail avec des enfants ou des adolescents. Activités en plein air. Vacances. 

Le Bateleur + Jugement : Communication. Des nouvelles. Des informations.

Le Bateleur + Le Monde : Vent en poupe. Réussite sans frein. 

Le Bateleur + Le Mat : Égarement. Changez de projet. Vous avez pris le mauvais chemin.  

Quelques associations avec trois cartes : 

** Le Bateleur + La Papesse + La Lune : Grossesse ou naissance. 

** Le Bateleur + Les Amoureux + Le Diable : peut signifier l’infidélité dans le couple. 

** Le Bateleur + Le Chariot + La Mort : Déménagement. Départ.

** Le Bateleur + La Justice + La Mort : Héritage ou conclusion d’une affaire judiciaire. 

** Le Bateleur + La Roue de Fortune + La Mort : Chute. Évolution négative. Mauvaises surprises. 

Bateleur dans le mini-Tarot de Marseille de Grimaud
Le Bateleur sur le Mini Tarot de Marseille de Grimaud

Signification et symbolisme historique du Bateleur

Le premier atout du tarot montre, dans le meilleur des cas, un jongleur, dans le pire, un escroc. 

Debout devant un tréteau de foire, un jeune homme aux cheveux bouclés, portant un costume bariolé et coiffé d’un immense chapeau, manipule des objets posés sur son étal : des dés, un bâton, un gobelet, des piécettes ou des jetons, parfois une besace et un petit couteau. L’image fait immédiatement songer au jeu du bonneteau dans lequel un manipulateur propose aux badauds de désigner une carte parmi trois ou une balle, appelée muscade, dissimulée sous trois gobelets. Interdit dans de nombreux pays, notamment en France, ce jeu est notoirement truqué.

« Passez, muscade ! Ah ! tenez, tenez ! Ni vu ni connu, la v’là perdue. Passez, muscade ! Ah ! tenez, tenez ! Soufflez dessus, la v’là revenue. Passez, muscade ! Ah ! tenez, tenez ! La v’la au bout de mon nez. » - Jean Richepin, Césarine.

L’illusionniste Jean-Eugène Robert-Houdin fut l’un des premiers à en expliquer les astuces, notamment l’escamotage de la muscade dans la main du manipulateur au moment de l’exécution du tour, rendant la victoire impossible. Le tarot d’Este (1475), le tarot anonyme de Paris (vers 1560) et celui de Catelin Geoffroy (1557), montrent clairement des joueurs à la table d’un escamoteur :

Lame du bateleur dans le Tarot de Marseille ancien
Tarot d’Este, Ferrare, vers 1475 ; tarot anonyme de Paris, vers 1560.

La baguette, le gobelet, etc. renvoient aussi, plus simplement, aux enseignes du tarot : Bâtons, Coupes, Deniers, et Épées. Certains jeux les déposent d’ailleurs proprement sur la table, démontrant, si c’était nécessaire, que ce jongleur est le maître du jeu.

Ce premier atout vous invite donc… à jouer ! Mais à vos risques et périls. Car vous entrez dans un univers trouble où l’illusion et l’incertitude sont de mises ; certains voient dans le Bateleur un marchand, un changeur ou un usurier, dans tous les cas quelqu’un qui en veut à votre porte-monnaie, parfois en vous proposant un marché honnête, parfois pas.

Vous franchissez également un tabou religieux. Dès les débuts du christianisme, les jeux de hasard sont condamnés par l’Église, parce qu’ils sont censés favoriser l’avarice et l’usure, mais également en raison de la relation étrange entre les hommes et le hasard. Ainsi que le rappelle Marc Guillaume : 

« Le hasard est une invention moderne […]. Les civilisations traditionnelles ne pensent pas un monde soumis à de tels désordres ou du moins envisagent ces désordres comme des apparences derrière lesquelles s’opèrent des choix divins et certains. Si les dieux ont la maîtrise de toutes les contingences, le monde peut rester inconnaissable et en particulier imprévisible (si on ne sait pas questionner les dieux), mais il n’est pas aléatoire […]. La lecture moderne et aujourd’hui banale des jeux de hasard ne doit pas conduire à croire que les jeux ont toujours été pensés ainsi, comme des avatars du hasard. Les sociétés traditionnelles ont traité ces dispositifs plutôt comme des jeux de symboles […]. Les Hébreux ont par exemple fréquemment utilisé le moyen du sort pour partager les territoires et les héritages et de façon générale pour obtenir de Dieu l’indication de décisions justes. Dans cette perspective, le recours au sort est licite, mais il revêt un caractère sacré : il n’intervient que dans des situations d’exception, ou bien il est limité par des règles strictes et rituelles. En dehors de ces cas, l’interdiction de ces « jeux symboliques » est la règle. […] La grande tradition ecclésiastique condamnera tous les jeux de hasard selon le principe qu’ils sont par les sorts des restes de la divination païenne et qu’il n’est pas permis de « fatiguer Dieu » par des interrogations incessantes dont l’objet est dérisoire »[1]. 

La lame du Bateleur, reflet des jeux de hasards interdits par l'Eglise

Le franciscain saint Bernardin de Sienne écrira au milieu du 14e siècle : « Tous ceux qui jouent aux jeux de hasard sacrifient au Diable ». Par ailleurs, qu’ils fassent les poches aux passants ou se contentent de les amuser, les comédiens et les jongleurs ont fort mauvaise réputation et sont au plus bas de la société médiévale. 

À partir de la fin de la Renaissance, les considérations d’ordre éthique et social prennent le relais, mais plutôt que d’interdire, prêchent la modération. L’Église s’adoucit à son tour et autorise les loteries publiques (surtout lorsqu’elles ont pour vocation la restauration des édifices religieux). Mais cette tolérance connaîtra des hauts et des bas, les jeux de hasard étant considérés comme immoraux et dangereux, parfois qualifiés de « peste publique », causant obsession, déchéance et ruine. En 1792, Jean Dusaulx écrit : « La manie du jeu n’est guère que la médiatrice des passions les plus nuisibles [...]. C’est un vice qui compromet l’honneur, dégrade l’esprit, le soumet aux plus vils préjugés. Ce n’est pas tout : cette passion est essentiellement injuste et par conséquent insociable ». Quelques années plus tard sera néanmoins créée la première « Loterie Royale », très joliment qualifiée d’« impôt volontaire » et assortie de ce commentaire habile : « N’est-il pas plus sage de faire tourner au profit de la chose publique une passion indestructible ? »

Symbolisme ésotérique du Bateleur

Notre Bateleur est donc un acrobate, un escamoteur, un bonimenteur, un charlatan, un comédien, un saltimbanque, un jongleur, un illusionniste, un faiseur de tours... Qui s’offre de nous distraire. Ou de nous vider les poches. Ou de nous inciter à défier Dieu. Ou à déchiffrer notre destin. Ou simplement à nous évader par le rêve. Dans tous les cas, la tentation est grande.

Dans la première liste connue des Atouts, cette carte porte le nom italien El Bagatella et, plus tard, celui de Il Bagatto, dont l’étymologie semble renvoyer à bacchetta (bâton). Quant au terme « Bateleur », il vient du bas-latin bastaxius, qui signifie « jongleur », dérivé lui-même de bastellus, « petit bâton », un outil qui sert à l’acrobate à réaliser divers tours. Dans une biographie de son aïeul Saint Jean Bosco, Henri Bosco rapporte une compétition entre le saint et un bateleur, comprenant notamment une danse du bâton comme exercice de jonglage : « Jean pose son chapeau au sommet d’un bâton et jongle avec. Le bâton court de la main à l’épaule, glisse sur le coude, visite le nez, contourne la bouche, et revient avec grâce dans la paume de la main, toujours chapeauté... »[2].

Dans le tarot de Marseille, le chapeau du Bateleur dessine un 8, ce qui a parfois été interprété comme un symbole de l’infini, et de là, une connexion avec les mondes invisibles ou les puissances de la magie. Mais peut-être que ce chapeau ne lui sert qu’à jongler et à basteler, autrement dit « à faire l’idiot », ou à se protéger des intempéries, notre homme passant la majorité de son temps dehors ?

Bien plus tard, ce bâton deviendra une baguette magique et le jongleur, un mage. Les enseignes, dans la foulée symboliseront désormais les quatre Éléments qui lui permettent de dominer la matière : 

« Le Bateleur avait mal commencé : c’était à l’origine l’illusionniste de foire, l’arnaqueur de base, celui qui raconte tout un tas de choses notamment tout un tas de bêtises (basteler, c’est faire n’importe quoi). Dans les anciens tarots, sa carte appartient aux échelons les plus bas de la société, avec le pauvre miséreux à moitié fou qui a laissé place au Mat. Fin 19e, l’essor de l’occultisme occidental le rachète complètement : d’illusionniste, il devient magicien, et magicien au sens fort, car ce mot va bientôt signifier « celui qui maîtrise l’Art et la Science d’appliquer sa Volonté au monde ». Il troque donc ses breloques contre les quatre éléments représentatifs de notre expérience du monde, les Bâtons, Coupes, Épées et Deniers qui nous sont familiers grâce aux mineures. Depuis, les tarots anglais ne l’appellent plus que « Magicien », mais c’est bien le même » [3].

Lorsque l’ésotérisme met la main sur le tarot, les notions d’escroquerie et de jeu s’effacent peu à peu au profit de l’idée de pouvoir et de maîtrise. Sauf qu’à y regarder de près, les rites magiques impliquent souvent une mise en scène avec tenue de circonstance, nom d’emprunt, décor, etc. Dans son ouvrage The Theatre of Magick, Ray Sherwin commente :  

« Le magicien doit être capable de suspendre son incrédulité, et c’est ce que permet le théâtre de la Magie. Théâtre est le terme le plus approprié ici, car le Magicien s’extrait de ce qu’il estime normalement être la réalité, pour créer un univers malléable par le biais de sa volonté, son intelligence et son imagination. Plus étrange sera ce théâtre et moins le magicien risquera de confondre les activités qu’il y mène avec ses occupations quotidiennes […]. Le magicien possède une pièce spéciale, avec un décor particulier et des instruments spécifiques. Pour un non-magicien, cette pièce inspirera la peur, l’émerveillement ou l’hilarité. Pour le magicien, elle suscite un état d’esprit particulier et induit des changements » [4].

Le basculement de « Bateleur » vers « Magicien » s’est fixé à partir du jeu de tarot Rider-Waite, développé par l’occultiste Arthur Edward Waite pour l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée, en 1910. Le Bateleur y porte le symbole de l’infini, ou du « Saint-Esprit », sur la tête, ainsi qu’un ouroboros autour de la taille, symbolisant, d’après Waite, « l’accomplissement éternel de l’âme ». Désormais, sa baguette tendue vers les cieux capte l’énergie des étoiles ou de l’éther, tandis que son autre main est abaissée vers la Terre. Il est l’homme - le mage, au centre de l’univers.

La carte du Bateleur est généralement associée à la lettre hébraïque Aleph qui symbolise l’unité, le commencement, le souffle (l’Air) et dont il est dit qu’elle contient toutes les autres lettres. Il a d’ailleurs été souvent remarqué que la position du Bateleur dessinait peu ou prou un Aleph. 

Le bateleur correspond à la lettre Aleph en hébreu

À l’origine de tout, cette lettre n’a pas de prononciation propre et requiert une voyelle pour être vocalisée. L’alphabet hébreu s’ouvre donc sur un mystère et un silence. 

Rappelons que l’association du Tarot et des Lettres hébraïques est une invention moderne, imputable à Eliphas Lévi, suivi par Papus, puis par Oswald Wirth avec son Tarot des imagiers du Moyen-âge. Dans les pas de Wirth, Aleister Crowley accrochera, à son tour, les Atouts dans l’Arbre de Vie pour en déduire que le Bateleur est associé à la lettre Beth (la maison) et au dieu Mercure

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Sources de l'article :

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